Retour sur ces 28 h si particulières, en essayant de ne garder que le "meilleur".

 

Samedi 15 juin, la scène se passe le soir, dans le lit 

Gwadalorrain Daddy : Dis, chérie, ça serait bien que tu accouches bientôt, moi, j'en ai marre... 

Future Parturiente : Oui, je comprends, ça doit pas être facile pour toi... (Regard de travers, souffle d'exaspération...)

Gwadalorrain Daddy (que l'on écrira GD pour aller plus vite): Bah oui, j'en envie de voir le bébé moi ! Tu pourrais faire l'effort de le sortir pour la fête des Pères quand même. Si tu veux, je connais une technique, moi, pour faire péter le bouchon muqueux... (regard lubrique vers mon décolleté...) 

Future Parturiente : &%¨,?;/,n,,;:&é"'(ui(è"é' !!!!!!!

 

Dimanche 16 juin : 

2h40 : PLOC ! Je réalise tout de suite qu'il doit s'agir de la poche des eaux qui vient de se fissurer. Je réveille immédiatement GD pour lui souhaiter une bonne fête des Pères. Il ne comprend pas, ronronne et se retourne pour se rendormir. 

2h41: une étincelle se fait dans son cerveau et il comprend ce qu'il va se passer. Il m'avouera plus tard qu'il pensait que j'avais fait exprès de le réveiller aussi tôt pour lui prouver que, MOI, je n'oublie pas ces choses là. Et souligner à l'occaz, que LUI, avait oublié ET mon anniversaire, ET ma fête des Mères... Mais c'est une autre histoire...

2h50 : En 10 minutes, ma valise maternité se termine sous l'efficacité de GD qui nous a fait un réveil très tonique finalement. Il faut dire que j'avais préparé des listes avec ce qu'il fallait rajouter dans la valise pour ne rien oublier le jour J. Je suis un As.

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3h : Je prends une douche et Yann se rase. Il veut être beau pour les photos. 

3h10 : J'enfile une tenue confortable pour l'épreuve qui nous attend. Je suis interloquée quand je vois l'Homme enfiler un pantalon long et ses belles chaussures.

- Et oh, tu vas pas au boulot, là?!

- Bah non, mais je veux être beau pour l'arrivée de mon fils

- Tu es sûre, tu vas avoir chaud, ça peut être long. Prends quand même un T-shirt de rechange (je n'oublie aucun détail)

- Mais non, je n'aurais pas chaud, ça ira..

3h30: Petit déjeuner pour le marathon. GD se "contente" d'un demi-camembert, de jambon et de pain. J'opte pour un thé et un petit bout de gâteau

3h50: On a prévenu Nanou pour lui déposer Emilien, la maternité est au courant qu'on arrive, et Yann a chargé les valises dans le coffre. C'est le moment de partir

3h51 : J'ai oublié le filet mignon prévu pour ce midi. Si on le cuisine pas, il sera foutu. Allez hop, au congélo!

4h : C'est enfin le départ. Emilien pleure lorsqu'on dépasse la plage de Rivière Sens et réclame " Plâââge, Bilou" puisqu'on lui avait promis que ce matin, on irait avec des amis et leur fille Lilou tous ensemble à la plage. Je culpabilise un peu de le priver de ce plaisir. C'est le début pour lui des frustrations à cause du frangin. 

4h50 : Nous attendons en salle de travail qu'on vienne m'examiner. Yann parcourt toute la pièce, s'amuse avec les lampes, fouille dans les placards...Il met son doigt dans un appareil de mesure du rythme cardiaque puis le retire. L'appareil perd le signal, le croit mort et se met à biper de plus en plus fort. J'oblige mon mari à se rassoir et à rester tranquille. 

5h : L'examen en salle de travail/accouchement confirme qu'il s'agit bien du liquide amniotique. Au monito, on voit que Dorian va bien mais aucune contraction en vue. C'est bien ce que je pensais. L'équipe décide de me descendre en chambre à la maternité en attendant que se déclare les premières contractions. 

5h10 : je découvre ma chambre, c'est la dernière place de la maternité, celle qu'on attribue quand on n'a pas le choix. Le lit est mécanique, la chambre est minuscule et ma voisine peu aimable. Je me demande comment je vais pouvoir caler ma grosse valise, ma petite valise et mon ballon de grossesse... Ouf, il y a un balcon. 

7h : Après 10 tours de l'hôpital, j'ai des courbatures, je n'ai pas fait autant de sport depuis que je suis enceinte. Paraîtrait qu'il faut marcher pour aider bébé à descendre. N'empêche toujours rien et j'ai faim. Yann va nous acheter des croissants. 

10h : Je monte et je descends les escaliers, ça ne change rien. Encore quelques tours d'hôpital, là, j'en ai marre. Rien en vue

10h20 : Toujours aucune contraction. Je calcule que ça fait déjà 8h, c'est un peu long

10h30 : Olivia, la sage-femme de garde vient me voir. Elle est gentille, elle est belle et je l'aime d'amour instantanément. Elle me demande mon projet de naissance, moi qui pensais que tout le monde s'en foutait. J'insiste sur le fait que j'aimerais que ce soit le plus naturel possible, pas de césarienne, pas d'épisio, pas de péri, un peau-à-peau avec bébé dès la naissance, le papa qui reste tout le long. Bah quoi, on peut rêver ?

10h40 : Yann revient avec des parts de pizzas. On se goinfre, pour l'instant, j'ai le droit de manger, j'en profite. 

11h : Le gynécologue de garde passe me voir en chambre. Il se présente. Son interne/ assistant (?) ne se donne pas cette peine. C'est vrai ça, faire 12 années d'étude, ça dispense des bonnes manières et puis, c'est pas comme si je lui dévoilais mon intimité. Ah bah, en fait si, j'ai gagné un toucher vaginal au passage

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11h02: Bon, ça n'avance pas, tous les facteurs sont contre moi. Docteur Foufoune m'annonce qu'à midi, on attaquera le déclenchement si ça n'avance pas. D'après lui, on ne va pas traîner avec une poche des eaux fissurée. Je le soupçonne de préférer faire un accouchement de jour plutôt que de nuit, mais je n'ai que 5 années d'étude moi. En attendant, je n’ai plus le droit de manger. Heureusement que j’ai fait le plein un peu avant.

 

12h : Olivia repasse me voir. On ne va pas s'affoler avec le déclenchement et attendre encore un peu. On se laisse encore 2 petites heures. Elle me conseille de me reposer un peu en attendant. J'en profite pour dormir et GD également sur une chaise

14h : J'étouffe, je demande à ma voisine de chambre si on peut mettre la clim', que je convoite depuis ce matin, même un petit peu. 

14h01: Réponse de ma voisine : "Bah, je sais pas..."

14h02 : ...

14h03: ... 

14h04: Finalement, elle est d'accord pour la clim', ouf, je vais enfin respirer un peu

14h15: on me demande de me diriger en salle d'accouchement pour un examen, suivi sûrement d'un déclenchement. 

14h30: Nouvel examen, toujours rien. Bon, c'est parti pour le déclenchement

15h : Je fais le deuil de mon accouchement idéal

15h30 : On ne m'a toujours pas déclenché, faut croire que c'était pas si urgent

16h : J'attends qu'on me déclenche. Même pour accoucher en Guadeloupe, il faut être patient... 

16h30 : ça y est, la perfusion est en place, je guette les premiers signes d'accouchement. En attendant, on discute un peu avec Olivia et on découvre que son fils a été aussi gardé par Nanou. Ça nous fait un point commun. Décidemment, elle est vraiment chouette.

17h10 : Là, ça y est ! J'ai senti ma première contraction. Si, si, j'en suis sûre, ça fait comme m'avait dit ma sage-femme, une douleur qui part du bas du ventre et remonte tout le long. Je trouve que la douleur est tout à fait supportable.

17h20: Nouvelle contraction. GD qui a fait médecine en parallèle de ses études d'ingénieur me dit que je n'en ai pas car on ne voit rien au monito

17h30 : Encore une contraction, j'en suis sûre. Rien au monito, donc pas de contraction me clame Docteur Mon Mari. 

17h36: Je change de position et me remets sur le dos

17h37 : Nouvelle contraction. Cette fois-ci, on la voit au monito. Pour GD, c'est l'heure officielle de la VRAIE première contraction. Je grogne un peu.

18h : Les contractions arrivent déjà toutes les 4-5 minutes. Je pensais que ça allait aller plus doucement. 

18h30: Les contractions s'accélèrent mais je gère pour l'instant

18h45 : ça commence à faire un peu mal. Je le dis aux sages-femmes qui me disent que "Tant que vous souriez, c'est que ça va". D’ailleurs, j’ai affaire à une nouvelle équipe : Huguette et Pauline.

18h50 : Je décide de me mettre sur le ballon. ça me soulage. Je n’en bougerais plus, c’est la seule position qui me fait du bien.

19h : Putain, elle était forte celle-là ! Bon, je me rappelle les cours de préparation à la naissance. Je dois accompagner la douleur, elle n'est pas mon ennemi. Je me répète ce mantra, ça m'aide. Les sages-femmes passent me voir et, vu ma tête, sont d’accord pour dire que là, c’est que ça commence à être sérieux.

19h30 : ça fait deux heures que j'ai des contractions, je demande à la sage-femme de m'examiner pour voir comment ça avance, ça me motivera

19h32 : le col n'a pas bougé, les contractions sont inefficaces. 

19h33 : j'ai envie de pleurer mais je retourne sur mon ballon. Je parle au bébé, je bouge le bassin, je lui explique qu'il faut descendre lors des contractions. Je suis assez fière de moi, je gère bien les contractions. Elles sont maintenant rapprochées toutes les 2 minutes

19h40: PUTAAAAAAIN, J'ai MAAAAAAAL ! Je me rappelle que ma copine Julie a tenu pendant 5h sans péri alors je dois au minimum en faire autant. Il me reste presque 3h à tenir, ça me motive…

20h : Les contractions sont très très douloureuses bordel ! Je m’accroche au cou de GD à chaque fois et étire mon dos comme me l’a appris la sage-femme. Je me concentre sur mon souffle. Mais toutes les deux minutes, c’est costaud quand même. La faute au déclenchement.

20h30 : GD m’encourage à chaque contraction. Il me rappelle que ça ne dure qu’une minute, il me coach, me dit que j’assure, il gère super bien, c’est mon mari attentionné, je l’aime d’amour, il est génial.

20h32 : Mon Super Mari m’annonce qu’il a un peu faim et aussi mal au cou. Il se ferait bien un petit Mac Do avec une clope. Il est un peu fatigué aussi, il est levé depuis 2h40 tout de même. J’ai envie d’attraper le kit d’épisio et de lui enfourner dans le c… avec des forceps. Je reste calme et gère en silence la contraction qui arrive

21h20 : Je fatigue. GD me dit qu’il a chaud avec son pantalon et ses chaussures. En plus, il a faim.

22h : Je souffle et je hurle en même temps. Je tente les sons graves, toujours comme me l’a appris la sage-femme. Je meugle des cris bestiaux à chaque contraction. Trois femmes qui venaient pour accoucher m’ont entendu et font demi-tour en serrant les fesses…

22h01 : Nouvel examen. Le col n’a pas bougé. Je répète, ça fait 4h30 que je douille et ce PUTAIN de BORDEL de CONNARD de col n’a pas bougé. J’atteins bientôt l’exploit de Julie. Mais pourquoi je suis autant compétition ? Je pleure et réclame la péridurale.

23h : La magicienne est passée, la douleur va s’estomper d’une minute à l’autre. J’ai envie de serrer l’anesthésiste dans mes bras, en plus, elle est super gentille. En attendant j’écrase  la main de Pauline et lui tord les épaules pendant ce qui sera, ma dernière contraction (GD a été obligé d’attendre dehors pendant la pose de la péri) J’ai une pensée pour LN, infirmière anesthésiste et me dit qu’elle fait un sacré beau métier.

23h10 : Docteur Foufoune repasse et m’annonce qui si ça n’avance pas d’ici minuit, on passe au bloc.

23h11 : Je pleure , j’ai enduré 5h30 de contractions et ça va se finir en césarienne. C’est vraiment pas juste.

23h35 : Les sage-femmes proposent mon plateau repas à GD vu que je n’y ai pas le droit. Il ne refuse pas mais me laisse gracieusement la poire pour mon petit déjeuner. Trop aimable.

Minuit : Col effacé à moins d’un cm. Enfin, un tout petit peu. Bref, le travail commence à être effectif. Avec les sages-femmes, on décide de ne pas prévenir Doc Foufoune pour gagner encore un peu de temps. Moi, avec la péri, je ne sens plus rien et décide de faire un somme. Huguette et Pauline ramènent un fauteuil confortable et une chaise pour les pieds à GD pour qu’il puisse se reposer. Elles sont vraiment top.

 

Lundi 17 juin :

Voilà, c’est sûr, Dorian ne viendra pas pour la fête des Pères. Je dors un peu pendant les premières heures, avec la péri, le travail avance très très doucement, mais il avance donc Doc Foufoune est d’accord pour nous laisser un peu de temps avant de me charcuter

4h : Yann me fait remarquer qu’il n’a pas de lit pour se reposer, LUI. C’est sûr, il est beaucoup plus fatigué que moi. Et les 5h30 de contractions et les 9 mois de grossesse, ça compte pour du beurre. Je me demande si Dorian sera un enfant de divorcé…

6h : Dilatation à 5cm, c’est bon, ça avance

6h01 : Doc Foufoune refait l’examen. Après m’avoir appuyé le ventre comme un bourrin, il annonce fièrement que je suis à 7cm. Doc Foufoune est aussi un peu magicien…

6h10 : J’annonce timidement à GD que j’ai envie de faire caca, qu’il prévienne les sages-femmes pour le bassin.

6h11 : les sages-femmes et le Doc arrive avant que GD ait pu les avertir. On m’annonce que le bébé arrive. C’est un peu le branle-bas de combat. C’est ça la sensation que j’avais alors…

6h20 : Après quelques poussées dans tous les sens, Dorian est là. On me le montre et le pose sur moi. J’oublie instantanément ces 28 dernières heures. Je suis heureuse. Nous sommes heureux. La famille s’est agrandie. Bienvenue Dorian, tu vas voir, Papa et maman sont rigolos et un peu bizarres, mais ils vont t’aimer très fort, ça tu peux en être convaincu. Je regarde Yann, c’est l’homme de ma vie et il vient de m’offrir un magnifique cadeau. On a réussi à deux, je suis tellement fière de nous. Plus rien d’autre ne compte... Bienvenue mon tout petit bébé !

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